Cinq ans. C’est le temps qu’il a fallu entre l’annonce surprise en fin de State of Play en 2021 et la sortie effective de Marvel’s Wolverine, ce 15 septembre 2026, exclusivement sur PS5. Cinq ans pendant lesquels Insomniac Games, le studio derrière les excellents Spider-Man, a voulu prouver qu’il pouvait s’attaquer à un personnage radicalement différent de l’Araignée. Plus brutal, plus tourmenté, plus violent. Et c’est vrai : Marvel’s Wolverine n’est pas Spider-Man avec des griffes. C’est un jeu qui assume totalement une autre identité. Le problème, c’est que cette identité ne va pas toujours aussi loin qu’elle le devrait.
Développeur : Insomniac Games
Éditeur : Sony Interactive Entertainment
Plateformes : PS5 (exclusivité)
Date de sortie : 15 septembre 2026
Version testée : PlayStation 5
Logan est de retour, et il a la rage
Le scénario prend le parti de ne pas s’inscrire dans la continuité des X-Men tels qu’on les connaît. Ici, les mutants existent mais vivent dans l’ombre, mélangés au reste de la population. La seule unité qui s’affiche ouvertement, c’est la Team X, dont fait partie Logan aux côtés de Mystique et Sabretooth. Face à eux : Bolivar Trask, fanatique de la supériorité humaine qui kidnappe des mutants, et Nathaniel Essex, interprété par l’excellent Troy Baker, dont je ne dirai rien de plus pour ceux qui ne connaissent pas le personnage dans les comics. La surprise vaut vraiment le coup.
L’histoire se déroule au Canada, au Japon et à Madripoor, la nation insulaire Marvel, et mêle action spectaculaire et passages plus intimes où on plonge dans la psyché de Logan via des séquences de cauchemars. C’est un parti pris cohérent avec l’identité du personnage : Wolverine est autant une bombe à retardement qu’un homme brisé par ses souvenirs. Le jeu le traite avec respect, même si la narration ne trouvera pas toujours le bon rythme pour alterner les deux facettes.

Les griffes sortent, et ça fait mal
Là où Marvel’s Wolverine impressionne le plus, c’est dans ses combats. Insomniac a construit un système qui retranscrit vraiment la sauvagerie du personnage : attaques légères et lourdes, esquives, parades, capacités spéciales et attaques bondissantes. Les exécutions sont brutales, le gore est présent et assumé, le jeu est déconseillé aux moins de 18 ans et l’affiche sans complexe. On ne donne pas dans la demi-mesure avec Logan.
La mécanique de Rage est la vraie bonne idée du système de combat. Trois niveaux qui se cumulent en cours d’affrontement : d’abord une régénération accélérée, puis des attaques finales améliorées, et enfin des dégâts massifs avec des éliminations instantanées sur certains ennemis affaiblis. Quand la Rage monte et que Logan lache tout, les moments les plus jouissifs du jeu sont là. Les boss, eux, sont de vrais points d’orgue : ils demandent d’observer les patterns, de parer au bon moment et de frapper dans les fenêtres d’exposition. Du challenge bien dosé en difficulté par défaut.

Le facteur guérisseur de Logan joue également un rôle structurant dans les combats. Plutôt que d’encourager la prudence, il pousse à rester dans la mêlée, à encaisser pour mieux riposter. C’est cohérent avec l’ADN du personnage, et ça donne aux affrontements une énergie particulière qu’on ne retrouve pas souvent dans ce genre de jeu.
Un blockbuster linéaire qui assume ?
Insomniac a totalement abandonné le monde ouvert de ses Spider-Man pour quelque chose de radicalement différent : une aventure linéaire dans la veine des Uncharted, centrée sur la narration et les séquences spectaculaires. Sur une quinzaine d’heures, le jeu ne lâche presque jamais la pédale. C’est la force du titre, et aussi sa principale limite.

Parce que cette linéarité prend parfois le joueur par la main d’une façon qui finit par peser. Certaines séquences d’exploration imposent de valider des éléments dans un ordre précis, même si vous avez déjà repéré l’objet, le jeu refuse d’avancer si son script n’est pas prêt. En 2026, ce genre de friction se ressent. Les séquences de furtivité souffrent du même problème : l’idée de laisser Logan traquer ses ennemis plutôt que de foncer est bonne sur le papier, mais l’exécution reste très élémentaire, se cacher, repérer, éliminer les isolés. Le potentiel était là, la profondeur ne suit pas.
Techniquement, le jeu surprend également à la baisse pour une exclusivité PS5 first-party en 2026. Certains environnements manquent de richesse, des textures tirent vers le bas, et l’ensemble ne donne pas vraiment l’impression d’un saut générationnel. Pour un jeu linéaire qui concentre toutes ses ressources sur des couloirs maitrisés plutôt qu’un monde ouvert énorme, on aurait espéré un peu plus de panache visuel.
Ce qui fonctionne malgré tout
Malgré ses limites, Marvel’s Wolverine réussit des choses importantes. La retranscription du personnage de Logan est convaincante. Insomniac a vraiment compris ce qui fait la singularité de Wolverine par rapport à d’autres super-héros. La violence n’est pas gratuite, elle est constitutive de l’identité du bonhomme. Le doublage est excellent, les interprètes de Logan et d’Essex font un vrai travail. La mise en scène de certaines séquences frôle le génial. Et les options d’accessibilité, dans la grande tradition Insomniac, sont remarquablement complètes : difficulté personnalisable, fenêtre de parade ajustable, vitesse de jeu modulable. Le studio sait faire.

Les séquences de Cauchemars, qui plongent dans le passé trauma de Logan, auraient pu être le vrai point fort narratif du jeu. Elles sont intéressantes, mais trop lisses dans leur exécution pour laisser une vraie empreinte. Une occasion un peu ratée de creuser le personnage là où il est le plus riche.
Pour qui ?
Si tu es fan de Wolverine et de l’univers X-Men, le jeu est clairement fait pour toi. Insomniac a construit quelque chose de respectueux du personnage, avec une histoire originale qui vaut le coup d’être vécue. Les combats sont satisfaisants, la violence est bien dosée, et la quinzaine d’heures de campagne se traverse sans ennui même si le rythme est parfois inégal.
Si tu attends le niveau des Spider-Man en termes de liberté, de profondeur de système ou de réalisation visuelle, il faudra réajuster ses attentes. Marvel’s Wolverine est un cran en dessous de ses prédécesseurs sur PS5.

Verdict
Marvel’s Wolverine est un bon jeu, pas un grand jeu. Insomniac a réussi l’essentiel, capturer l’essence d’un personnage complexe et le mettre en scène avec énergie et violence. Les combats sont jouissifs, la Rage fonctionne, les boss marquent. Mais la linéarité trop rigide, la furtivité sous-exploitée, la réalisation qui ne convainc pas pleinement et une progression parfois répétitive freinent un jeu qui avait clairement les moyens d’aller plus loin.
Pour une exclusivité PS5 majorée par le studio qui nous a donné Spider-Man, on attendait un coup de griffes plus tranchant. Wolverine sort les griffes, mais ne les affite pas toujours jusqu’au bout.
Note : 7/10
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